Pas seulement un film, un appel à l'action

"L'appel du Sahel" est un projet musical et interactif pour sensibiliser le public sur la situation des réfugiés, des personnes déplacées et des personnes vivant dans les régions affectées par le conflit ayant actuellement lieu au Mali et au Sahel. L'appel du Sahel travaille avec l'aide et les conseils de Oxfam, UNHCR et Conscience Internationale.

Le projet s’inspire des musiciens de cette région qui risquent leurs vies en chantant et en s’exprimant sur la situation politique actuelle et sur la violation des droits de l’homme.

Le projet "L'appel du Sahel" invite un large public à participer à nos activités et initiatives, incluant notamment la planification, la production et la distribution d'un film documentaire sur le rôle des musiciens dans la crise humanitaire et le conflit socio-politique.

"L'appel du Sahel" est avant tout basé sur la création du film mais comprend aussi l’organisation d’évènements dans les camps de réfugiés, des conférences de presse, des réunions pour les musiciens et la production d’un CD et d’un recueil d’histoires courtes.

Photo de fond offerte par Angelo Miramonti.

Bombino, photo offerte par Ron Wyman.






info@sahelcalling.com


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Posted by Marie / John Bosch, Réalisateur on February 23, 2013

Chaque jour à Bamako est l’occasion d’observer, d’apprendre, et le plus important, d’écouter. J’écoute. Nous prenons conscience du fait que les inquiétudes et les peurs des citoyens du Monde sont partout les mêmes. Nous avons tous des besoins fondamentaux et il nous faut un environnement où l’on se sent en sécurité pour subvenir à ces besoins. Au Mali, l’extrême pauvreté est omniprésente. C’est abominable d’avoir dans sa poche 200 000 francs CFA et de ne pas vraiment pouvoir venir en aide au gosse amputé qui fait la manche à la vitre de votre voiture.

Dans tous les pays, dans toutes les villes que j’ai parcourues, ces mêmes gens qui essayent de survivre de la générosité d’inconnus et de la miséricorde de Dieu. Ici, l’envergure de la pauvreté est immense. Et pourtant, partout à Bamako, des gens réalisent un travail de titan avec trois fois rien.

Djebi Le chanteur Djebi est diplômée de comptabilité mais c’est dans sa ville natale, à Tombouctou, qu’il a appris à chanter à l’église chrétienne. Son groupe Djebi 5 n’a pu faire aucun concert depuis le début de l’agitation militaire et politique Malienne. Il recherche donc activement un travail de comptable pour payer son loyer et nourrir sa famille.

Au matin, notre rituel quotidien consiste à marcher jusqu’à la route principale puis faire signe à un taxi. Le plus souvent c’est une vieille Mercedes conduite par un type dont le nom et le numéro de licence est écrit à l’encre blanche sur le tableau de bord. C’est extra quand on voyage dans une voiture dont les vitres se baissent, mais dans tous les cas celle du conducteur sera grande ouverte. La plupart du temps la musique hurle depuis les haut-parleurs et nous avons d’ailleurs pris note des goûts musicaux de nos chauffeurs. [Hier soir du DMX et du Riff Ryderz. La veille : Céline Dion, Salif Keita, de la pop Arabe, etc]


Donc, hier matin nous avons quitté la maison à 7 heures, notre matériel sur les épaules, en route pour trouver un taxi sur la rue principale. Nous nous rendions sur les berges de la rivière pour y filmer les premiers rayons du soleil, cette « heure magique » pour parler dans le jargon cinématographique. Au coin de la rue il y avait une petite place où, dans l’agréable soleil du matin, trois ouvriers fabriquaient des parpaings avec du simple outillage. A notre retour, ils en avaient fait suffisamment pour construire les fondations d’un bâtiment. (Photo : Les musiciens Arouna Coulibaly [Ben Zabo] et Tiken Jah Fakoly sur le toit du Jah's club RadioLibre.)

Puisque nous nous focalisons sur les musiciens, nous allons à la rencontre des chanteurs, auteurs et compositeurs qui trouvent le moyen de travailler tous les jours, même s’ils ne sont pas payés. Ils jouent et chantent pour garder l’âme de leur culture à flots, car la musique n’est rien d’autre que le battement de cœur de l’univers Malien. Sans elle, le Mali mourra, tout bonnement. Ces musiciens ont une réflexion profonde sur la situation de leur pays, et ils répondent avec intelligence et passion à nos questions quant à leurs inquiétudes.

BassekouBassekou Kouyate, maître de n’goni, enregistre sa composition « Essakane » au Studio Bogolan, en compagnie de Afel Bocoum, Ami Sako, Ahmed du groupe Amanar et d’autres musiciens d’excellence. Le texte porte sur l’annulation du festival Au Désert ainsi que le désir de coopération entre les différents groupes ethniques du Mali.

Hier soir, Ahmed du groupe Touareg Amanar (qui signifie « Etoile du Nord ») nous a raconté une histoire qui lui est arrivée récemment. Un jour il n’y a pas si longtemps, des bandits prétendant être Musulmans sont entrés de force chez lui et ont demandé où se trouvaient les guitares électriques. Sa sœur a déclaré ne rien savoir mais ils ont fini par les trouver et les ont amenées dans la rue pour y mettre le feu.

Ici il n’est pas question d’un rituel de sacrifice pour un Dieu pacifiste et psychédélique, à la Jimi Hendrix. C’est bel et bien un moyen de contrôle d’une extrême violence à l’encontre des biens sacrés et du gagne-pain de quelqu’un.

AhmedAhmed, du groupe Amanar (« Etoile du Nord en Touareg »), décrit comment ses guitares ont été brûlées par les rebelles à Kidal au Mali. Lui et sa famille ont du fuir pour tenter d’échapper à la brutalité.

Après les avoir brûlées ils ont fait passer un message à Ahmed par le biais de sa sœur : si tu retournes chez toi et que tu continues à jouer de la musique, nous te ferons savoir que tu n’utilises pas tes mains correctement, tu ne les utilises pas pour prier Dieu. Nous te couperons les mains. Ou si jamais tu reviens chez toi, nous t’apprendrons à diriger une mosquée comme il se doit. Mais d’abord, tu dois faire ce que l’on t’ordonne.

En tant que musicien et guitariste, je n’ai jamais eu d’inquiétudes comme celle-là. Peut-être alors que ma première affirmation ne tient pas la route. Chacun de nous ici bas ne partage pas les mêmes inquiétudes. Certains d’entre nous font face à des menaces que d’autres ne connaîtrons jamais que dans leur imagination.

--John Bosch
Le 21 février à Bamako.


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